Test IRL : Peut-on porter plainte contre le harcèlement de rue?

Internaute,

 

tu n’es pas sans savoir que je ne suis pas fan des pervers et autres obsédés sexuels. Et je te parle en connaissance de cause.

Il se trouve que j’en ai croisé un spécimen la semaine dernière. Il prenait une pause clope devant une porte cochère, rue de l’Aqueduc, et moi je marchais pour rentrer chez moi. Sur mon passage ce joyeux luron a commencé à pousser des petits gémissements coïtaux, agrémentés de bruits de baisers. Arrivée devant lui je ne me suis pas laissée envahir par la peur du viol et la honte, qui restent mes réactions premières dans ce type de contexte, car je sais que ça aggrave leur attitude. Je lui ai dit de cesser ces bruits. Il a donc enclenché le mode agression,  en me demandant pour qui je me prenais (euh, je sais pas, j’hésite entre un jambon et une personne là tout de suite), puis en me disant qu’il allait me suivre, ce qu’il a commencé à faire. Je lui ai hurlé de reculer, en tendant mon bras entre moi et lui, et en veillant à rester à distance. Le mec a été un peu surpris, mais il a continué de me menacer, complètement hors de lui. Alerté par mes cris, 4 mecs dans une boutique me sont venus en aide et l’ont maintenu pour que je puisse partir sous une pluie d’insultes dont je te laisse apprécier la cohérence:

« Pétasse, salope, elle m’a insulté! »

Je suis marié moi, va te faire enculer! »

Le mec s’est arraché à eux plusieurs fois pour revenir vers moi le poing brandi, et je te garantis que c’était pas pour chanter l’Internationale.  A chaque fois les 4 mecs l’ont rattrapé et retenu. Je marchais à reculons pour ne pas le quitter des yeux.

Finalement, de retour chez moi, la peur passée, et sur les conseils bienveillants de mon entourage, je me suis dit que c’était pas possible de rester là sans réagir, et que je voulais porter plainte. J’ai donc décidé de mener un début d’enquête, histoire de mâcher le travail de la police et de pas arriver les mains dans les poches avec mon problème. Je suis alors retournée à la boutique, un peu plus tard, et j’ai appris par mes sauveurs que le type était un ouvrier du chantier de ravalement de façade de  l’immeuble, qu’il avait mis des plombes à se calmer. Sa version c’était que je l’avais provoqué. (C’est bien connu que les filles seules qui marchent sur le trottoir provoquent les ouvriers qui fument leur clope devant les portes, non? Non? On peut rigoler mais c’est ce que le mec leur a dit. Vraiment.) Cool, me dis-je, je vais pouvoir porter plainte, avec toutes ces infos et ces témoins on va pouvoir le retrouver.

En effet, l’injure publique est une contravention, c’est à dire une catégorie d’infraction susceptible d’amende, et si c’est sexiste, c’est aggravant. Tout ça je le sais car je connais un peu le code pénal. De là à dire que « pétasse et salope » sont des mots à légère connotation sexiste, il n’y a qu’un pas que nous pouvons peut être oser franchir, c’est toi qui vois.

Sur les indications du 3430, la nouvelle hotline PAYANTE des commissariats parisiens, je prends RV pour un dépôt de plainte au commissariat.

Nous y voilà. 6 jours après les faits, faute de place avant, je suis prête à porter plainte.

La dame qui me reçoit a un air passablement agacé, exténué et pressé, et dit à sa collègue que j’ai été mal conseillée car comme je vis dans un autre quartier j’aurais dû aller là bas et non ici. Elle se plaint que la hotline leur envoie toujours tout le monde. Il me semble clair que je la fais déjà chier avant d’avoir ouvert la bouche. Elle écoute mon récit d’une oreille distraite, puis elle me déclare qu’il n’y a pas d’infraction et qu’elle ne prendra pas ma plainte. En effet, je n’ai pas été frappée. Donc selon elle c’est limpide que je n’ai pas de préjudice. Madame vient donc en un instant de s’autopromouvoir Procureur (normalement c’est lui qui décide si l’infraction est constituée) et expert médicojudiciaire (normalement c’est lui qui évalue le préjudice moral, et les ITT). Au passage elle nous réécrit la définition de l’injure publique: une injure publique pour être recevable, comporte une agression physique. Elle conclut sa fine analyse de ma situation par un fataliste:

« Que voulez-vous, il est frustré ce monsieur. »

Ah, oui, tiens, ça me semble effectivement justifier l’ensemble de son comportement, j’y avais pas pensé. Puis elle rédige une main courante ni faite ni à faire: je dois insister pour qu’elle remplace « il me traite de noms d’oiseaux » par « il me traite de salope et de pétasse », je lui fais retirer des passages où elle invente carrément des faits que j’ai pas racontés, finalement elle me dit ne pas pouvoir noter tout car les mains courantes sont limitées en caractères. Je signe son papier, je suis très fatiguée soudain, et on me raccompagne.

De retour à la maison, dégoûtée par ce refus et ce comportement  à la limite de la caricature de l’agent qui m’a reçue, je rappelle la hotline des commissariats à 6 centimes la minute, et je demande à la dame qui décroche comment ça se fait, quand même, que la qualification d’injure publique n’a pas été retenue dans l’histoire qui m’est arrivée, alors que des témoins peuvent confirmer. La dame semble décontenancée, puis me confirme que la plainte n’est pas recevable car je n’ai pas pris de coups. Je lui demande alors quelle est selon elle la définition juridique de l’injure publique et si elle confond pas avec coups et blessures volontaires. Et là, Internaute, accroche toi bien à ton PC, la dame de la hotline me rétorque en toute souplesse:

« Je n’en sais rien, madame, je ne connais pas le code pénal. Je ne suis pas agent de police, je suis standardiste. »

Ah d’accord. Autant demander à mon pâtissier de me faire une vidange, dans ce cas-là.

Maintenant, Internaute, soyons sérieux deux minutes, parce que j’aime bien rigoler, mais là point trop n’en faut. La police avec qui j’ai traité pense que ce qui m’est arrivé n’est pas grave. Finalement, elle est sur la même ligne que mon agresseur. Tant qu’on ne frappe pas, on ne risque rien. Même si la loi dit le contraire.

Alors Internaute, peut-on porter plainte contre le harcèlement de rue? Clairement, pour le moment, c’est non. Et c’est pas un problème de loi.

 

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D'où vient le Cubashing?

Internaute,

tu n’es pas sans savoir que dimanche c’est le premier tour des présidentielles,et j’ai envie de te parler d’un sujet que je connais bien et qui par contre n’est pas le fort des journalistes qui essaient laborieusement de nous dire quoi penser dans un marasme cryptocapitaliste à peine intelligible.

Leur marotte en ce moment c’est le Cubashing (cuba-bashing, tu l’as?): c’est un peu la tarte à la crème de l’anticommunisme, avec la bolchéflippe (la peur du bolchevisme) et la goulagophobie (la crainte d’être déporté en camp de travail forcé par un névrosé psychorigide à casquette). Bref, késako le Cubashing: c’est cette manie compulsive de crier à la dictature sur un régime qui l’est (dictatorial) sans jamais se demander comment et par qui il a été créé.

Ce que je vais faire, c’est te filer un petit back up historique sur le sujet. Tu te feras un avis personnel, avec tes neurones, que tu essaieras de nuancer, et éventuellement tu ressortiras toutes ces infos sur ta TL comme si tu l’avais toujours su pour recadrer les débats qui partent en sucette. Je fais souvent ça, moi, je m’instruis en lisant des trucs et après je fais croire que je savais déjà tout, franchement, la plupart du temps, ça passe.

voici les livres que j'ai lus avant d'écrire ce billet. Au centre, c'est un cahier de notes, avec des cartes et des explications, que j'ai fait au cas où ma mémoire ferait défaut.

Cuba, donc, c’est dans les Caraïbes, dans le golfe du Mexique pas loin des states. Tu dois savoir que si ça y parle espagnol c’est parce que grosso modo c’est par là que Colomb a débarqué et a posé la première colonie espagnole au calme, et que s’ils sont plutôt noirs de peau c’est parce que c’était le biggest marché aux esclaves du commerce triangulaire ever. Esclaves qui sont donc restés là à l’indépendance. L’indépendance, parlons-en. En 1895 les cubains en ont plein le cul d’être encore une colonie espagnole, d’autant que tout le reste des territoires espagnols en amérique ont gagné leur indépendance en 1822, et de financer avec leurs impôts et leur canne à sucre la monarchie absolue du Roi d’Espagne. José Marti (un cubain vénère que tu connais sûrement car c’est lui qui a écrit le texte du poème indépendantiste « Guantanamera » qui a donné la fameuse chanson du même nom), décide de mobiliser des révolutionnaires pour (re)faire la guerre à l’Espagne, qui éclate donc en 1895.

Au nord, les USA pratiquent la tactique de « l’attente patiente »: en tant qu’anciennes colonies eux aussi, ils espèrent que Cuba se libérera et les rejoindra, et ça les enchante déjà au vu de tout le fric qu’il y a à se faire avec la culture de la canne à sucre. D’ailleurs, les USA ont acté dans leur constitution la doctrine de Monroe, qui dit, en gros, que les états unis sont indépendants, et anticolonialistes. Ca fait qu’ils se proposent d’aider les autres colonies dans leurs velléités de s’affranchir des métropoles, c’est pour ça d’ailleurs qu’ils envoient rôder en 1898 dans les eaux cubaines un petit cuirassé de guerre qui s’appelle le Maine, en toute détente juste au cas où. Ces malins d’espagnols qui n’aiment pas trop la provoc’ décident de saboter le Maine, faisant au passage 260 morts parmi les troupes nord américaines. Et fournissent donc THE prétexte aux USA pour prendre part au conflit, à base de « on va vous aider Cuba, t’inquiète on est fréros de colonisation ». Ca se règle en deux temps trois mouvements: octobre 1898, traité de Paris, exit les espagnols. Mais en attendant que Cuba se dote d’une constitution, c’est le général Wood, un américain, qui s’installe au gouvernement « temporaire » de l’île.

Les USA, qui lorgent sur les revenus du commerce de la canne à sucre, veulent trouver un moyen de se servir dans le gâteau, et ce sans violer leur doctrine Monroe. Donc en 1901, idée: ils font voter un amendement à leur constitution, l’amendement Platt, qui les autorise à intervenir dans les affaires cubaines au motif que c’est pour protéger leur indépendance, aux cubains. Elle est pas belle la manip? Je m’installe à demeure chez ouat mais t’inquiète c’est pour empêcher les autres de revenir. De quoi indépendance de Cuba? Oui, bien sûr, vous êtes libérés de l’Espagne. Quoi on les a remplacés? Oui, ok, mais nous c’est pas pareil, on est gentils et on appellera pas ça une colonie mais un protectorat. Et vas y que je te truque les éléctions, que je m’approprie les entreprises de canne à sucre, que je développe le tourisme à base de bordels et de casinos (basiquement: y’a pas qu’Al Capone qui s’est plaqué or les burnes pendant la prohibition: y’a aussi les mafias américaines à Cuba.)

Pendant ce temps 7% des Cubains ont l’électricité, taux inversement proportionnel tu t’en doutes à l’analphabétisme, sans compter l’état des infrastructures (merdique) et la corruption (généralisée). En 1952 les USA en ont marre de faire semblant que Cuba est une démocratie, et ils financent carrément le coup d’état d’un Général cubain, Baptista, soi disant pour mettre un terme à tout ce foutage de gueule, mais en vrai, pour arroser encore plus les grandes fortunes proches de Roosevelt. Et c’est là qu’un jeune avocat bourgeois, en toute simplicité, va porter plainte au commissariat contre le général Baptista, pour coup d’état contraire à la constitution cubaine. Ce mec, tu l’as deviné, c’est Fidel Castro.

Sur ce il est temps d’aller faire autre chose, je te raconterai ce qui est arrivé à Castro une prochaine fois. D’ici là, n’oublie pas de cotiser pour la sécu et de partager l’article si tu trouves ça drôle / intéressant/ bof mais que tu m’aimes bien.

Cimer.

 

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DIY : le terrarium de compagnie

 

Internaute,

Des terrariums aussi beaux que variés à offrir ou à (re)garder.

tu n’es pas sans savoir que je conchie le capitalisme et ses métastases, à savoir les mass média,  les multinationales, la pub, et Jean Pierre Pernaut. Parce que tout ça nous pousse toujours plus dans le syphon stérile et mortifère de l’hyperconsommation, du dépenser plus pour avoir plus. Ca ne donne pas de sens à ma vie d’acheter un top flambant neuf Topchoppe fabriqué par un gosse au Bangladesh pour ressembler à Kim, Bar ou Alexa, et tu sais quoi: j’ai pas honte. Evidemment je pourrais te parler de la polémique Estrozizi et sa police du staïle sur les plages, mais d’autres ont déjà tout dit, comme @valerieCG sur son excellent billet , et on en a ras de cul d’entendre parler de ces conneries.

Du coup, et à la demande générale d’au moins Lisa et Nathalie, je vais plutôt t’expliquer comment réaliser un magnifique Terrarium de Compagnie qui ne demandera, une fois fini, qu’un entretien annuel, et qui te permettra de recycler intelligemment un tas de trucs dont tu n’avais que foutre, même que moi j’appelle ça la déconsommation, et ça fait ma joie.

Pour ce faire il te faut réunir:

_ un gros pot en verre et son couvercle (type pot de 1kg de compote vendu en magasin bio), tu prendras soin de bien virer la colle de l’étiquette avec du dissolvant à ongles/ de l’huile de table et de coude, haha/ de l’eau froide et une éponge qui gratte.

_ du terreau « plante d’intérieur »

_ des graviers piti tout piti du jardin, ou des cailloux pour fond d’aquarium (en animalerie)

_ du charbon actif (pour aquarium, en animalerie aussi d’une pierre deux coups spa beau ça?)

_ une plante qu’elle aime bien le tropical et le mouillé, du genre:

PEPEROMIA, CALATHEA, ASPARAGUS, SOLEROILA , une FOUGERE ou un FICUS mais attention dans sa version naine en petit pot à environ 3€. Pas de cactus ni de plante grasse, sauf si tu vas laisser le pot ouvert: elles vont moisir en milieu fermé.

Sinon chez Emmaüs on trouve aussi des figurines.

_ pour l’entretien: un pulvérisateur d’eau. Celui qui a servi à dresser sans succès le chat ira bien. Recyclage on a dit.

 

_ Et pour la déco: des pics à brochette, de la glu, des figurines type Kinder (dans le coffre à jouets de ton neveu, il en a 1 000, il verra pas la différence.)

 

 

 

 

Modus operandi

Dans le pot en verre, tu verses comme suit:

-une couche de graviers assez épaisse pour qu’on la voie (2 cm)

-puis 1cm de charbon actif pour filtrer l’eau,

-et le terreau, que tu humidifies un peu  au pulvérisateur, d’une hauteur équivalente au pot de ta mini plante, et tu fais un trou au milieu: ça va le tasser un peu et permettre d’accueillir ta verdure.

Si le pot est gros tu peux mettre plusieurs plantes. Ici: Calathea+ asparagus+ soleirolia

 

– tu dépotes la plante et tu las mets dans le trou, tu lisses bien le terreau, tu pulvérises pour humidifier les feuilles, tu fermes le couvercle et c’est marre: un an d’autosuffisance biologique. (pour savoir comment c’est possible cette magie du vivant demande à Dr Nozman)

 

 

 

 

 

Version hype ++

Si tu veux personnaliser ce pot pour l’offrir, tu peux réaliser une petite déco avec la figurine de ton choix: il suffit pour cela de couper un pic à brochette à la dimension de l’épaisseur du terreau, de mettre un point de glu côté plat et d’y coller le jouet, quand c’est sec tu n’as plus qu’à piquer du côté pointu dans la terre et enfoncer le personnage au ras du sol.

 

Personnellement j'ai un faible pour les figurines Petshop, car elles ont un petit trou au cul pile de la taille de ma brochette.

 

Evidemment on peut aussi poser la figurine sans s’emmerder, mais dans ce cas à chaque fois que tu vas bouger le pot, ça va se casser la gueule et tu vas devoir rouvrir le terrarium pour tout replacer, avec le risque de perturber voire assécher ta délicate humidité ambiante, telle ma culotte quand je vois Robert Ménard.

 

 

 

 

 

Et voilà! Tu n’as plus qu’à jouir et te gargariser de l’admiration et des remerciements de tes potes qui te prennent pour la demi soeur de Radagast.

J’espère que tu as tout compris, tu peux liker et partager sur Twitter et Facebook ça mange pas de pain et ça brosse mon ego dans le sens de mes poils pas épilés. Il te suffit pour cela d’utiliser les petits boutons que j’ai installés en haut de la page avec un plugin, (oui oh ça va quand je veux j’apprends à coder). Bisous, on se tient au jus, et n’oublie pas de cotiser pour ta retraite à 64 ans.

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"Sexy demain" is the new vieux

 

Internaute,

 

hier en attendant que Mignonman finisse diligemment de préparer notre repas de midi, j’ai pris un air très affairé, je me suis ostensiblement tournée vers la télévision, et j’ai zappé sur Canard plus pour me donner une contenance. C’est là que je me suis retrouvée happée par un trou de ver spatiotemporel qui m’a propulsée toute incrédule dans les années 90 que je croyais révolues à jamais. En effet Internaute, en cette période de nuit debout, crise migratoire, désastre écologique, sur fond de panama papers saupoudré de gouvernement au 49-3 nous avions droit à un « sexy demain » indispensable, en prise totale avec le ras le bol citoyen, le besoin de renouveau éthique, politique et institutionnel, attention j’ai nommé: la spéciale Alain Juppé. Je te la fais rapide: deux heures de chauve qui luit sous les projecteurs en te donnant ses propositions pour relancer la France dès la présidentielle de 2017 -ou alors peut être plus pour reprendre encore un tour de manège dans la grande foire du capitalisme sauvage, je te laisse voir.

J’ai eu beau tendre l’oreille à l’affût du moindre frémissement d’idée, je n’ai entendu que des platitudes qui tournent en boucle chez tous les politiques depuis ma naissance: les charges patronales trop hautes, les citoyens des « quartiers » qu’en ont marre et on les comprend, la croissance qui doit croître, le chômage qu’est méchant, et ce type qui sent le rance et le formol de se pointer avec sa tronche de messie déplumé qui en a vécu d’autres, pour nous proposer de continuer toujours pareil avec nos amies les banques et les multinationales, alors que c’est juste un repris de justice condamné dans une affaire d’emplois fictifs. De sa tribune de vide chez Bolloré, on retient qu’il a la prétention de se faire élire par nous, Internaute, et on devine qu’il espère juste que ses concurrents seront aussi pleins de vent que lui et qu’il pourra jouer son combo papy bourge rassurant + abstention massive des aspirants à autre chose+ Alzheimer des électeurs qui restent pour ratisser large décrocher la timbale. Au moins, il fait pas semblant de vouloir une autre société, et le pire, c’est que ça peut carrément marcher.

J’en étais à me dire qu’on avait vraiment touché le fond du trou du cul de l’immobilisme lorsque soudain Ali Badibadou -qui était quand même vachement mieux employé à la nouvelle édition que dans ce format lèche-cul hebdo, a mis sur le tapis le sujet de la femme d’Alain Juppé (Aline Juppette? Non, Isabelle, journaliste de son état, pardon pour cette blague). Et c’est là, sur ce sujet un peu perso sur lequel on ne lui avait rien demandé, que Juppé a jugé malin de planter le clou de son spectacle qui sent bon la naphtaline et le col de chemise amidonné:

« ses principales qualités sont la discrétion et la pudeur, des qualités rares par les temps qui courent ».

Voilà. Discrète et pudique, ce sont en effet de grandes qualités pour se faire respecter et considérer dans notre belle société sexiste, où les femmes sont reléguées au CDD, au temps partiel, avec des fiches de paye au régime. C’est discrètement et pudiquement, dans le calme feutré de notre salon Roche Bobo, ou bien envuitonnée dans notre trench et le petit doigt sur la couture du pantalon Chanul, qu’on doit demander une augmentation à notre boss, rembarrer le pervers qui nous pelote dans le RER, élever nos enfants, et embaucher du personnel pour gérer le ménage que les hommes ne font toujours pas, parce que toutes ces hystéros qui pètent un câble au moindre petit claquage d’élastique de culotte, et beuglent en jogging avec un bébé plein de vomi sur le bras que le frigo est vide et la vaisselle pas faite, ça commence à empêcher ces messieurs d’oeuvrer au salut de la France. D’ailleurs Molière le disait bien:

« Oui, je tiens que jamais, de tous ces vains propos,

On ne doit d’un mari traverser le repos. » (Tartuffe, 1664)

Sur ce, Internaute, je retourne discrètement au lavoir essorer mes jupons, et je te souhaite de bonnes primaires à droite.

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Code du travail VS DRH myhto: le match

 

Internaute,

Salut.

Edition 2015, la dernière?

Je ne sais pas si tu as remarqué, mais en ce moment il y a un truc qui chiffonne pas mal de gens, entre autres moi, ( mais le monsieur du Bonjour Tristresse aussi est passablement contrarié à ce propos), et ce truc, c’est la « réforme » du code du travail. Crevons l’abcès, parce que là, je suis pas bien.

 

Pour te la faire courte, le code du travail c’est quoi? C’est un ensemble de lois qui expliquent à ton patron dans quelles limites il peut te demander de lui consacrer ta vie, en gros, c’est ça qui fait la différence entre toi et un esclave. Et ça, figure-toi que c’est un truc nouveau dans la société des hommes! Les congés payés, la médecine du travail l’interdiction d’employer des enfants, les indemnités de licenciement, la retraite, autant de garanties pour toi petite main qui ne plaisaient pas du tout à ton gentil patron, il y a de ça à peine 100 ans… Mais  les grèves générales et le Front Populaire de 36 lui ont bien fait sentir qu’en cas de baston avec les prolos, il risquait de pas avoir le dessus, et je te parle pas de la cérémonie de clôture du gouvernement de Vichy, où ton patron, chopé la langue dans la raie du cul des allemands, a bien été obligé de te céder, la mort dans l’âme, toutes les avancées sociales que tu lui demandais pour échapper à un rasage de couilles en place publique.

Je vais pas te faire un tableau excel sur le avant/ après la réforme du code du travail, d’autres s’en sont chargés mieux que moi, mais à la place, une fois n’est pas coutume, je vais te raconter une petite tranche de vie. Celle où je me suis fait licencier (car oui, avant de devenir blogueuse de renommée mondiale j’ai fait un tas de boulots, d’aide à domicile à vendeuse en prêt à porter, en passant par pigiste, vendangeuse, ou prof particulière). Pour que tu comprennes bien à quel point tu dois chérir ce texte qu’on voudrait que tu considères comme ton ennemi depuis que Hollande a fait son coming out de droite.

Il se trouve qu’un jour, un de mes patrons, qui m’employait dans le cadre d’un contrat sans date de fin depuis 4 ans, a cessé de m’appeler pour me donner du travail. Juste comme ça, en toute détente. J’envoie des mails, j’appelle pour demander du taf, et on me répond au secrétariat qu’il est en réunion ou en voyage, et la blague dure 3 mois (tu me diras: j’avais un autre boulot en parallèle, certes, mais moi je suis comme ça, j’aime bien comprendre pourquoi on me rappelle pas, et pas que dans le cadre du taf soi dit en passant). Me voilà donc avec de quoi suspecter qu’on est en train de me licencier en faisant semblant de pas s’en rendre compte, un peu comme le type qui a glissé sans faire exprès dans la chatte de la dame qui porte plainte pour viol.

Et ça vois-tu Internaute, j’avais la chance, parce que je l’ai un peu lu, de savoir que c’est interdit par le code du travail, le fameux. Non seulement tu dois prévenir la dame qu’à partir de dorénavant elle ira se faire foutre à la fin du mois, mais en plus, tu dois lui expliquer pourquoi, et ça à intérêt à être crédible, parce qu’on ne peut pas licencier quelqu’un qui n’a pas commis de faute quand on n’a pas de problèmes de sous dans sa boîte. Or, la boîte roulait sur l’or et les joyaux et je savais pertinemment que j’étais une brave fille, d’où certainement ce mystérieux silence au moment de rompre notre contrat. Munie de mon plus beau flûtiau je me fends d’un mail à la DRH pour demander un RV, parce que vois-tu, avant d’aller à la castagne aux prud’hommes pour tenter d’extraire de mon cul ce licenciement introduit sans les précautions d’usage, il me fallait faire la preuve qu’aucune conciliation n’était possible avec l’entreprise. Un peu genre on te donne une chance de faire comme si c’était une malheureuse erreur de gestion. Je précise avec mes salutations distinguées que je compte sur elle pour faire respecter mes droits. Qui donc, à défaut d’être gravés en lettres de feu dans la tête du boss, avaient au moins le mérite de figurer noir sur blanc dans le fucking code du travail si cher à mon coeur de salariée bien renseignée.

La DRH, qui n’est pas la moitié d’une conne, comprend vite qu’elle est dans la crotte vu mon ancienneté, mon ton, et les mails de la secrétaire de mon boss que je lui flanque en annexe, et elle me rencarde, tu sais, un peu comme pour le fameux entretien préalable à un licenciement que j’aurais dû avoir il y a trois mois pour parler du pognon que je veux en échange d’un départ volontaire de la boîte, seule situation leur permettant légalement de se séparer de moi. Fin de l’histoire? Que nenni! Car vois -tu Internaute, ce qui est incroyable avec la boîte, c’est que même avec notre beau code du travail soi-disant pas adapté, madame la DRH en mode kamikaze espérait toujours que j’allais ignorer mes droits et qu’elle pourrait me gratter un max. Comme quoi ça avait déjà dû marcher sur d’autres.

Donc le jour J, voilà qu’elle me propose deux mois d’indemnités de départ. Je la regarde en me demandant à quel moment la caméra cachée sort de sous la table, mais non, c’est pas une blague.

« Comment ça, deux mois, c’est votre convention collective qui est comme ça?

_Oui oui.

_ Mais, Madame la DRH, vous savez bien que cette convention est illégale, elle propose moins que le code du travail. Vous me devez un mois de préavis par année entamée dans votre entreprise, et un mois d’indemnités de licenciement, ça fait 8 mois de salaire!

_ Oui, si vous étiez en CDI, mais vous étiez une main d’oeuvre occasionnelle.

_ Une main d’oeuvre occasionnelle avec un contrat sans date de fin et qui a bossé tous les mois pendant 4 ans ça s’appelle un salarié en CDI vous savez.

_ Bon écoutez, ça commence à bien faire, vous êtes là pour quoi au juste?

_ Je vais vous la faire simple: je suis là pour mes indemnités, mon préavis, et pour montrer aux prud’hommes que malgré tous mes efforts vous ne voulez pas respecter la loi. Ca vous est jamais arrivé qu’un de vos précaires vous mette les textes sous le nez?

_ Les salariés qu’on licencie n’ont pas pour habitude de me parler avec ce petit ton péremptoire.

_ Première nouvelle, vous me licenciez?

_ Ah bah ça fait trois mois qu’on vous emploie plus et vous vous demandez pas pourquoi?

_ Alors, d’une, on va arrêter d’inverser les rôles, c’est à vous de me dire pourquoi et si possible d’être en mesure légale de le faire. De deux on va arrêter aussi d’insulter nos intelligences respectives car j’imagine que vous connaissez le code du travail, le truc c’est que moi aussi. Donc, je veux mes huit mois, plus une proposition convenable pour que j’accepte votre licenciement abusif, et je crois bien que vous allez prendre votre calculette maintenant et y mettre des zéros, parce que vous savez très bien que le juge me donnera raison. J’attends votre proposition, et si elle me fait autant de peine que la première on se verra au tribunal, parce que figurez-vous que non seulement je suis péremptoire mais vu votre façon de me parler je crois que j’ai aussi tout mon temps pour monter un beau dossier et vous prendre un max, ça va même bien m’amuser. »

Et voilà comment, Internaute, par le pouvoir sacré du code du travail, je me suis dégommé une DRH en tailleur Chanel et j’ai récupéré tout mon dû plus un bonus sous forme de chèque autour d’un petit café de conciliation. Dans cette boîte qui n’emploie que des salariés précaires, qui ont peur pour leur job, et qui n’osent pas se syndiquer, il serait très facile de faire voter des conventions collectives inférieures au code du travail en menaçant de virer tout le monde. Sauf que c’est interdit. Pour l’instant.

Alors si toi aussi tu kiffes le code du travail, signe la pétition , et bouge ton cul pour le défendre.

Et en attendant le prochain post, n’oublie pas de cotiser pour ta retraite.

 

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Quand Fillon voulait me prendre

Internaute,

hier soir une fois n’est pas coutume j’étais avachie entre mon tricot et le petit journal de Canal, une fois n’est pas coutume, oui, car depuis le hold up idéologique de Bolloré, les saillies débilo-fachos de Biraben et les interviews politico-ramollo de Burki, quand je regarde feu cette chaîne j’ai l’impression de croquer dans un Suchard fourré à l’huile de foie de morue. Y’a pas, la forme y est encore, mais le fond est amer.

Bref, hier donc je regardais d’un oeil torve l’interview de Maiwenn qui parlait de son nouveau film en me disant que quand même, la meuf pèse bien pour une meuf, limite je me réjouis que des femmes soient aussi libres et powerfull dans le cinéma, ça fait plaisir de voir que la société évolue vers plus de parité quand même, quand soudain ma déferlante d’optimisme a été tranchée net par un petit reportage sur ce crétin au formol de Fillon. Le type, aussi engoncé dans sa veste que le balai dans son cul, se livrait à un pathétique exercice de com chez RMC à base de fausse décontraction et de registre détendu pour bien essayer de racoler le public des auditeurs. Qui donc selon lui parlent et pensent comme des gros beaufs. Si si, tu vas voir, Internaute, soudain, la phrase de trop. Pourtant, ça commençait pas mal. Je cite l’ersatz de premier ministre: « ce que j’aime pas dans cette formulation-là, c’est que la France est un pays à prendre »…. (et là c’est le drame)  « que c’est comme une femme, au fond, ‘faut vraiment en avoir envie ».

Un candidat à la présidence de la République qui nous déclare que les femmes sont à prendre. Mais que la France, elle, mérite plus d’égards. On ne traite pas la mère patrie comme une vulgaire citoyenne, ouhlàlà, non, attention inceste dégueu! Chez l’ami Fillon, du moment que tu respectes la patrie, t’as le droit de considérer que 50% de tes électeurs potentiels sont des objets à vagin dépourvus de libre arbitre dans la relation sentimentale. C’est sûr que c’est un point de vue très répandu dans le monde des machistes anonymes, de penser qu’une femme se gagne. Le genre de point vue conquérant qui mène au désintérêt pour notre consentement, et nous réduit au statut de chose que le meilleur pourra arborer fièrement autour de sa bite après une belle parade nuptiale de bullshit et de billets. Mais la réalité est toute autre. En effet, les femmes sont pourvues de vie, et agissent toutes de façon différente. Un peu comme les hommes en fait. Une remarque pourtant: elles n’aiment pas les vieux croûtons sexistes qui font des déclarations débiles pour avoir l’air cool à la radio. Du coup je ne garantis pas qu’elles vont voter pour toi. Parce que pour prendre une femme, vois-tu mon petit François, il faut atteindre son cerveau. Et je crois que tu pars d’un petit peu trop bas pour nous toutes.

Pour revivre l’instant en live, c’est à 19:05 sur le replay

 

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La dérive des cons…

 

Internaute,

 

tu ne vas pas en revenir mais il y a peu je me disais que j’étais blasée de tout et que je ne trouverais plus jamais force de m’énerver assez pour pondre un billet sur ce blog. D’autant que, assiégée de cons en surnuméraire, j’avais vachement l’impression de brasser de l’air avec mes articles tous vénères à 175 followers et 50 vues. Ouais je sais les stats on s’en fout, ce qui compte c’est de verbaliser, mais vraiment ces derniers temps j’avais pas la gnaque. Pourtant je te jure, j’ai vu Dati faire la pute pour GDF au parlement européen dans Cash Investigation, j’ai lu les commentaires néo nazis sous la photo d’Eylan, et j’ai perdu tous mes point Miles au Monoplouc parce j’y vais pas assez souvent engraisser les actionnaires et affamer les agriculteurs intensifs.

Bien sûr, il m’est arrivé de penser qu’au lieu d’arroser notre secteur primaire de subventions à court terme pour que Hollande ne glisse pas dans le caca de vache et les pneus brûlés en sortant de la douche, le gouvernement devrait plutôt investir dans la reconversion des exploitations déficitaires version développement durable, et j’ai parfois eu envie de scarifier sur des fachos de souche que c’est pas parce qu’on a eu la chance de sortir d’une chatte en terre de France qu’on a fait quoi que ce soit pour mériter de se sentir au-dessus des autres. A la limite, c’est mon côté prolo-réac, je crois que si notre population n’essaie pas de s’élever intellectuellement plus haut que le comptoir du PMU, on n’aura plus rien d’un pays civilisé, et c’est pas avec des abrutis gréco-gaulois de ce genre qu’on risque de maintenir un semblant de dignité morale, mais bon, je les laisse dans leur marasme, car en effet comment les amener à utiliser leur synapses afin que jaillisse enfin de leur matière grise un semblant de raisonnement construit? Toute seule avec mon blog, je peux pas trop aider.

Après je me suis dit qu’avec un bon retour aux basiques en histoire géo, on arriverait peut-être à élaguer un peu d’ignorance crasse parmi les générations futures, alors je me suis tournée vers l’école avec espoir, car tu auras noté que là aussi on nous a promis du changement, et puis j’ai découvert la fameuse REFORME DU COLLEGE, dont le projet global est d’aligner vers le bas ceux qu’on ne peut pas tirer vers le haut, et ainsi institutionnaliser la fuite vers le privé de ceux qui veulent apprendre quelque chose et ont les moyens financiers de le faire. Et moi je parle pas dans le vent, parce que les décrets d’application je les ai lus, les nouveaux programmes aussi. Les textes hein, la vraie loi, pas les interviews du ministère qui disent que ça change en mieux. Du coup je sais de quoi je parle, et je te prédis que d’ici dix ans tu vas casquer grave pour instruire tes mioches, tu l’auras lu ici en premier et ça nous fera une belle jambe de savoir que j’avais raison quand il sera trop tard.

Car oui, j’ai espéré un sursaut d’indignation contre ce scandale majeur, et j’ai guetté les réactions de mes réseaux sociaux la semaine de la rentrée. Or, une fois encore, j’ai constaté que quand le sage montre la lune, la profusion de cons à la dérive regarde le doigt: ma timeline remplie de prof bashing (le sport préféré des « adultes responsables » du 1 au 10 septembre), une connasse au 20h pour dire qu’il y a « beaucoup d’absences de profs au collège » sans que personne ne signale dans ce reportage très utile et documenté et pas du tout démago que par exemple au rectorat de Créteil on cherche désespérement des profs de maths, français, parce que c’est un taf ingrat que personne ne veut plus faire, et que les profs ils sont pas « absents » mais plutôt « pas recrutés », ce qui est légèrement différent. Eh oui, là encore, du tweet au ras des pâquerettes sur les fournitures qui sont pas faciles à trouver, tellement à l’ouest, de gens qui pleurent la bouche pleine, Internaute, alors qu’en Seine Saint Denis leur rejeton n’aurait même pas de maître. Ou un taré recruté la veille au Pôle Emploi pour lui apprendre à lire.

Comme dirait mon médecin traitant « et vas-y qu’on continue de nous mettre des alertes pickpockets dans la ligne 2, attention à vos poches… mais les pickpockets, ils sont pas dans le métro les gars réveillez-vous! »Bref, je continue de chercher une bonne raison de ne pas être blasée par notre inefficacité collective à lutter contre cette poignée de blaireaux qui s’arrogent tous les pouvoirs pour faire n’imp’, mais en attendant, j’ai décidé de mettre en route des trucs. Déjà, j’ai la fin de mon tricot sur le grill, et puis un jour prochain, Internaute, je te parlerai de comment j’ai rencontré un petit garçon de 6 ans qui s’appelle Sheyon, histoire qu’on se change les idées.

D’ici là, porte-toi bien et n’oublie pas d’économiser pour ta retraite.

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Cours, spisdiconnasse, cours!

Internaute,

tu n’es pas sans savoir que depuis quelques années je pratique la course à pied (avec un succès mitigé, mais là n’est pas la question.) J’ai donc testé plusieurs formats de compétition, allant du 6 km à mes débuts au terrible semi marathon sa mère de cette année.

Le running, donc, cet espace de liberté où mettre un pied devant l’autre devient sueur et bonheur simple. Une bulle de paix dans un monde hostile, face à face avec soi-même, où chacune se rend compte qu’elle peut bien plus physiquement qu’elle ne l’aurait pensé, car oui, Internaute, naître femme, c’est aussi naître faible, soi-disant. Avec le running m’est venue la sensation nouvelle et euphorisante d’avoir de la force dans mon corps, et des muscles nombreux avec des pieds au bout -très utiles pour botter des culs le cas échéant.

Mais ça, c’était compter sans les marketeux du sport. Constatant l’engouement certain et nouveau de la femelle pour cette activité peu coûteuse, ces derniers ont vite eu la riche idée de créer des courses à foison, labellisées réservées aux femmes. « La Parisienne » de septembre avec ses 30 000 participantes en est l’exemple le plus flagrant, mais on pourrait citer églament la Naïke « we own the night ».Eh, les marketeux, ça vous gêne pas, de discriminer ces messieurs comme ça? Eh, les pouvoirs publics, ça ne vous perturbe pas, d’autoriser ces parcours sur votre commune? Comme c’est les hommes, c’est pas grave? Ah d’accord.

Soit. Mais concernant cette soi-disant course caritative contre le cancer du sein  « La Parisienne », quel est le message que vous voulez envoyer par l’absence des hommes? Que le cancer du sein, ça ne les regarde pas? Il faut forcément avoir des boobs pour vouloir s’impliquer dans la recherche? On ne peut pas courir pour sa soeur, sa femme, une amie, pour le geste? Je suis désolée, j’ai pas compris l’idée.

J’ai aussi un souci avec le slogan « we own the night », « la nuit est à nous », donc. Ca veut dire quoi, exactement? Qu’avec des hommes, on ne pourrait pas se l’approprier? On ne peut pas partager? Ou alors on a envie, en bonnes commères, de rester entre nous pour sentir cette fabuleuse féminité qui nous est propre, dans un instant fugace où ce serait nous les maîtresses du monde? (enfin juste la nuit hein, le jour le mâle reprend ses droits.)

J’irai même plus loin: je crois que ces courses réservées aux femmes, en plus d’être odieusement discriminatoires, jouent sur notre impression ancestrale de ne pas pouvoir nous mesurer aux hommes. Entre femmes, on se sentira moins ridicules, on osera traîner nos grosses fesses graisseuses et molles, parce qu’entre faibles, on se comprend et on se soutient. Or, même s’il est indéniable que l’homme court potentiellement plus vite que la femme sur une même distance, je rappelle tout de même que ça n’est vrai qu’à très haut niveau. En compétition mixte, je sais que c’est incroyable mais fréquemment il m’arrive de dépasser des hommes! Crime de lèse majesté! Je m’entraîne parfois avec des garçons, sans me dire que je vais les ralentir! Mes ovaires, galvanisés par cette présence contre nature de testicules dans le périmètre, ne s’en laissent pas conter, c’est foufou ça!

des conseils très sportifs et très pertinents sur "courir au féminin" chez runners.fr

Reste enfin que la profusion de rubriques  « courir au féminin » sur les sites généralistes de grande audience (hein, runners.fr!) me conforte dans l’idée qu’on tient absolument à nous écarter de la démarche sportive. Quand t’es une femme, on t’y propose que tu ne cours pas pour l’effort, mais pour maigrir et être bien bonnasse. D’ailleurs, tu ne mets pas comme les hommes un pied devant l’autre, élégance oblige tu cales deux-trois arabesques sur les récups de fractionné, et quand tu te blesses, c’est pas aux ligaments croisés du genou que t’as la luxation mais aux trompes de Fallope. Oui, je sais que pour courir j’ai besoin d’un bon soutif, et alors? Les mecs, on ne leur pond pas un onglet « courir au masculin » pour leur montrer des calebuts qui maintiennent bien les bourses! Et puis, à part le sexisme larvé, rien n’empêche de faire une page générale sur les sous vêtements, tu la perçois maintenant la grosse discrimination?

Quid des enfants, me diras-tu Internaute, et tu auras raison. Eh bien, malgré leurs capacités sportives rigoureusement équivalentes avant la puberté, il y a toujours un moyen de subtilement rappeler les prérogatives de chacun, la preuve:

Devant, fulgurants et chatoyants, des petits mecs victorieux. Derrière, à la traîne et en rose, une petite meuf.

Une petite fille osera-t-elle venir en chevalier? Un garçon en princesse? Je te laisse y réfléchir, je vais pleurer plus loin.


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Dimanche au musée

Internaute,

si tu suis assidûment mon twitter, tu sais déjà que je suis une hystérique prolo-réac, mais ce que tu ignores peut-être encore, c’est que mis à part me détruire sur des petits footings de 12 bornes, le week-end j’aime bien me culturer. Je profite donc dès que possible des passe-temps « bobos bien pensants » (copyright un de mes amis plus gauche caviar) que la mairie de Paris met à disposition du chaland désoeuvré entre le tea time chez Mariage et mon cours de Yoga.  Comme ça ensuite je peux me la péter sur le blog avec des photos d’art contemporain, parce que moi, j’ai une curiosité artistique, j’aime bien l’atypisme, t’as vu.

Par exemple ce week-end, j’ai pu accéder à la collection privée Crossing Mirrors de Rosemblum, quelque part dans un ancien studio photo du 13° arrondissement, via l’opération Paris Caché. Si toi aussi tu veux te la péter culture et atypisme, suis-moi, c’est par la qu’on entre pour la mise en bouche:

Portrait de Lauren Bacall avec, tombant dans la tasse, une bande magnétique contenant un enregistrement de sa voix.

Tout l’espace est agencé autour d’une oeuvre monumentale de Matthew Day Jackson, « Second Home », qui se regarde de dehors et dans laquelle on peut aussi entrer.

La pièce maîtresse de l'expo: une cage de verre contenant un abri anti atomique qui se répercute à l'infini dans des miroirs.

 

L'infini sous mes boots.

C’est tout frétillants qu’on se bouscule vers l’entrée de ce pavillon d’un genre inédit. (atypisme on a dit.)

"Poussez-vous, bande de bobos bien pensants, vous gâchez ma belle photo!"

Dans la cage, il y a donc cet abri anti atomique tout boisé qui contient l'essentiel à la survie humaine:


Un scaphandre en patchwork...

 

... des mains dans une étagère...

... des organes de rechange en plastoc....

 

...et des citations essentielles: "The true artist helps the world by revelating mystic truths." ( Bruce Nauman)

 

Quand on ressort de l’abri, on tombe sur une toile où un artiste a collé des chewings gums multicolores sur un fond Beige. Les chewing-gums, disposés de manière à suivre une symétrie axiale parfaite, représentent les bombardements du Royaume-Uni pendant la Seconde Guerre Mondiale et ça s’appelle: New York. Ca donne ça:

La conférencière explique qu'il a payé des étudiants 50 cents pour mâcher les chewings gums, et qu'ensuite il les a roulés par terre pour les colorer,séchés, puis coupés en deux dans l'épaisseur pour obtenir des morceaux identiques.

Tout le monde cherche l’erreur de symétrie, on trouve rien, mais deux pas plus loin je tombe nez à nez avec un ouvrier noir américain plus vrai que nature… en bronze !

Il tient son rouleau à peinture comme les soldats leur baïonnette avant la charge, parce que la ségrégation l'énerve un petit peu.

 

Il y a aussi le Trophy Hunter, un ersatz dégueu qui ressemble à un grouin-train-canon, une commande acceptée par les mécènes après deux refus, c’est pour ça que la troisième est comme ça, l’artiste était à bout.

BOUH!

 

En sortant je crois voir un bonhomme avec une tête mobile et un corps à part, mais la conférencière me dit que j’hallucine.

La dame ne fait pas partie des installations.

Voilà, si toi aussi tu trouves ça génial comme profondeur atypique dans l’art, ça s’appelle Crossing Mirrors et tu peux te faire ouvrir les portes si vous êtes au moins dix personnes à [email protected]

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Cher Monsieur Compagnon,

Je suis tombée sur vos lumières, irradiant depuis les hautes sphères du Collège de France mon esprit de lectrice vulgaire. J’ai immédiatement été subjuguée par la pertinence de votre propos. C’est pourquoi j’aimerais vivement revenir sur votre interview, car comment rester de marbre face à cette fulgurance:

« Les métiers de l’enseignement étaient des métiers de promotion sociale. Ils ont cessé de jouer ce rôle. La féminisation massive de ce métier a achevé de le déclasser[…]. C’est inéluctable. Un métier ­féminin reste encore souvent un emploi d’appoint dans un couple. »

Déjà, vous vous calmez, la féminisation du corps enseignant n’est pas massive, elle est EGALITAIRE. Que vous vous sentiez envahi par toutes ces femelles ne constitue pas un fait objectif. Vous ajoutez, avec la sagacité qu’on vous découvre:

« L’enseignement est choisi par les femmes en raison de la souplesse de l’emploi du temps et des nombreuses vacances qui leur permettent de bien s’occuper de leurs enfants. »

(Alors que les hommes, bien sûr, vont vers des métiers qui leur permettent de nourrir copieusement leurs rejetons sans jamais les fréquenter, n’ayons pas peur des poncifs, qui sont la base de tout bon postulat argumentatif). Lorsqu’à 18 ans, les jeunes filles de notre époque fraîchement bachelières choisissent un cursus universitaire orienté vers l’obtention d’un CAPES (ou agrég’), j’imagine qu’elles n’ont au contraire que foutre d’avoir un emploi du temps aménagé pour une hypothétique progéniture conçue avec un hypothétique mari dans un hypothétique futur lointain. Elles se demandent plus comment être reçues à un concours ou le ratio échec/succès avoisine 85% contre 15%, voire pire. Elles étudient. Les femmes du XXIeme siècle n’ont pas, comme celles de votre époque, que les enfants à la chatte et la maternité comme perspective. Et l’Education Nationale, égalitaire tant dans son recrutement que dans la remunération de ses agents, les accueille sur la foi de leurs performances intellectuelles, c’est incroyable. On aimerait bien que ça se passe comme ça aussi dans d’autres métiers.

Vous ajoutez que le statut de 50 doit être réformé car il est obsolète.

« Ce qui est aberrant, c’est ce statut des enseignants qui n’a pas évolué depuis 1950. Il date d’avant la télévision, d’une époque où très peu de Français allaient au collège et encore moins au lycée. »

Que c’est fin!

Figurez-vous, vous vous coucherez moins inculte, que ce statut a été réformé une bonne vingtaine de fois pour s’adapter à l’évolution du métier, par exemple vous serez surpris d’apprendre que le surveillant général de vos années collège a été remplacé par les CPE. On a aussi inventé les TZR, les COP. Le statut n’a de 50 que le nom,  sa dernière mise à jour doit dater de 2005. Donc, vous dites des conneries (par ignorance… ou mauvaise foi?)

Mais vous en dites aussi par simple incapacité à raisonner. En effet, en quoi l’ancienneté d’une disposition légale est un argument pour la juger inadaptée? Est-ce que nous devons réformer aussi la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen au prétexte qu’elle est très ancienne? La fourchette car ça fait trop longtemps qu’on s’en sert pour bouffer? Des conneries, donc.

Permettez-moi une question, car j’ai rien compris: vous soutenez qu’enseignant est un métier sans évolution. C’est pas faux. On ne fait pas prof pour devenir chef d’établissement ou Rectrice, pour ça il faut passer d’autres concours. Mais des promotions peuvent selon vous être obtenues par la voie syndicale ou les inspections. Des promotions vers quoi, du coup, puisque que les professeurs sont déjà au maximum de leur évolution professionnelle?

Vous parachevez votre oeuvre en affirmant sans sourciller que les incivilités à l’égard des professeurs « reflètent ce que pensent les parents et l’ensemble de la société des enseignants. » Diagnostic qui se base sur? Le bon sens? Votre connaissance extralucide des pensées profonde du petit peuple? Moi j’observe des élèves et des familles qui aiment les maîtres, qui apprécient la qualité du savoir transmis. Ils sont nombreux. Ils sont en dehors de la société? La société, c’est juste les vieux réacs déconnectés qui ont un conflit inconscient à régler avec madame Perruche qui leur avait confisqué leurs billes en 1952?

Je crois pour ma part que le déclassement du métier ne vient pas des femmes, qui sont des êtres respectés, respectables, et parfois plus riches que leur maris, mais de certaines personnalités renégates du corps enseignant, médiatiquement surexposées au regard de leur capacités de raisonnement.

Ces personnes décrédibilisent leurs pairs (et paires) par des réflexions indignes des fonctions qu’elles exercent, où l’on enseigne normalement à justifier et débattre en citant des faits dont on vérifie l’exactitude avant de l’ouvrir. Déblatérer des généralités sur les professeurs et les femmes basées sur vos intuitions, ce n’est même pas l’embryon d’un début d’analyse. Consécutivement, votre interview atteint la hauteur du comptoir d’un PMU en happy hour. Si j’étais votre élève, je serais vachement inquiète.

En tout cas, vous venez de rater votre épreuve de bivalence en sociologie. Le plus sage serait de vous réfugier dans votre discipline pour réagir au déclassement intellectuel qui en résulte.

 

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